Ubloo (partie 4.5)

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4


J’ai lu quelque part que les feux des voitures de police étaient conçus de manière à ce que l’œil humain ne puisse pas s’y adapter, de manière à demeurer constamment voyants. Ça fait quatre ans que je teste cette théorie, depuis que je suis dans la police, et je vais être honnête avec vous, je pense que c’est vrai.  

Avoir les lumières sans le son m’a toujours fait bizarre, mais à cette heure-ci je ne voulais surtout pas réveiller les gens pour rien. Par ailleurs, il n’y a personne sur la route à cette heure, et franchement les lumières elles-mêmes ne sont pas nécessaires.  
   
J’ai reçu une plainte pour tapage nocturne, avec possiblement des coups de feu, dans la vieille école. C’est sûrement encore une bande d’ados qui s’amusent avec des pétards en prétendant voir des fantômes et tout le bordel.  

J’ai secoué la tête. J’espère juste que ça ne sera pas encore ces deux crétins, qui ont soi-disant besoin « d’enquêter ». C’étaient les pires. Les frères… comment déjà ? Westchester ? Winchendon ? Peu importe.  

Le moteur rugissait sous mon capot alors que j’accélérais sur le trajet de l’école. J’ai éteint les phares en prenant le dernier virage et je me suis garé à l’extérieur. Je suis sorti de ma bagnole pour inspecter le portail à l’aide de ma lampe de poche. Ça avait l’air d’être ouvert. Quelqu’un avait dû oublier de le refermer. J’ai à nouveau secoué la tête. Autant proposer aux gens de squatter…  
   
Je me suis avancé jusqu’au portail et je l’ai ouvert. Je vais vous dire, je n’ai jamais été du genre à croire au paranormal, mais cet endroit me filait la chair de poule. J’ai grimpé les marches de l’entrée silencieusement, et j’ai écouté. Il n’y avait pas l’air d’y avoir de gosses à l’intérieur. Je suis resté là à tendre l’oreille pour en être certain, et j’ai conclu qu’ils avaient dû partir. J’ai inspecté l’intérieur à travers une fenêtre à l’aide de ma lampe torche, et tout semblait normal.  

« Voiture 4 à Centrale, ai-je dit à ma radio.  

– Allez-y voiture 4, » a répondu la voix.  
J’ai commencé à faire le tour du bâtiment, à la recherche de signes d’effraction, agitant ma lampe torche de-ci de-là.  

« On dirait que s’il y avait des gens dans l’école, ils ont fiché le camp. Je n’entends rien à l’intérieur.  

– Bien reçu Voiture 4.  

– J’vais faire une inspection vite fait par acquis de conscience. Je vous tiens au courant. Terminé. »  

J’ai fait le tour du bâtiment, ce qui a pris du temps étant donné sa taille. Mais ce n’était pas non plus la première fois. L’endroit attirait beaucoup l’attention, surtout à Halloween, quand le mythe local selon lequel il est hanté refait surface. Les gosses j’vous jure... Je vous garantis que les miens ne deviendront jamais comme ça.  

J’avais commencé à faire le tour de l’école dans le sens des aiguilles d’une montre depuis la porte principale. J’étais sur le point de rentrer quand j’ai vu quelque chose à travers la fenêtre. Quelque chose avait juste l’air… étrange. Comme je l’ai dit, j’avais déjà fait ça plusieurs fois avant, donc je savais que ça ne collait pas. Je suis allé jusqu’à la fenêtre et j’ai éclairé l’intérieur.  

Ce que j’y ai vu me laissa perplexe. Une des portes était toute cassée et défoncée. On aurait dit que quelqu’un s’était servi d’un marteau sur ses bords.


« Merde, me suis-je dis à voix haute. Voiture 4 à Centrale, ai-je sèchement lancé à ma radio.  

– Allez-y Voiture 4.  

– On dirait que celui ou ceux qui étaient là ont endommagé le bâtiment. J’vais voir si je peux aller à l’intérieur et vérifier le reste. Je demande du renfort.  
   
– Bien reçu Voiture 4. Voiture 2 veuillez rejoindre la position de Voiture 4 en soutien.  

– Bien reçu, a dit Bill à travers la radio. Je suis à 5 minutes Voiture 4. Je te rejoins.  

– Bien reçu. Terminé. » Ai-je répondu.  

Je suis retourné aux escaliers de l’entrée en petites foulées, et j’ai dégainé mon arme. Je ne saurais dire si c’était dû aux réflexes que j’avais acquis lors de mes deux missions en Iraq, ou simplement à la manière étrange dont la porte était défoncée, mais je sentais que quelque chose clochait ici. Je me suis avancé avec prudence jusqu’à la porte principale, et j’ai essayé de l’ouvrir. Étonnamment (enfin plus ou moins), elle n’était pas verrouillée.  

La porte s’est ouverte en douceur, silencieusement. J’ai calé ma lampe sous mon arme, et j’ai sondé le salon. Rien n’avait l’air de manquer. J’ai commencé à m’avancer dans le hall à ma droite, en direction de l’endroit où la porte avait été défoncée, à l’arrière du bâtiment.  

Arrivé au centre du hall, je me suis rendu compte qu'il était impossible de continuer sans faire craquer les lattes du plancher. J'étais anxieux, et j’ai un peu pressé le pas.  

Le cadre de la porte était plutôt en mauvais état. Il semblait que le responsable se trouvait à l’intérieur de la pièce, et qu’il l’avait cassée pour en sortir. J’y suis entré, et il ne m'a pas fallu bien longtemps avant de voir le trou qu'il y avait dans le plancher.  

On aurait dit que bien quatre ou cinq lattes avaient été arrachées avec force. Je me suis lentement avancé au dessus du trou afin de l'éclairer. Il y avait quelque chose au fond, je ne pouvais pas exactement distinguer ce que c'était. Je me suis accroupi et j'ai fixé le fond du trou pendant quelques secondes avant d’en prendre conscience.  

C'était des ossements.  

J'ai fouillé tout autour en éclairant de ma lampe. Putain, qu'est-ce qu'il y en avait. Pourtant je l'admets, je n'étais pas si effrayé... jusqu'à ce que je remarque la peinture.  

Les os étaient empilés, mais il y avait ces inscriptions bizarres tout autour. On aurait dit un mélange entre de l'arabe et du mandarin.  

Ça m'a fait froid dans le dos. J'ai décidé d’appuyer sur le bouton pour parler à ma radio.  

« Voiture 4 à Voiture 2, vous en êtes où ?  

– Je suis là dans environ deux minutes Voiture 4.  

– Reçu. Essaye de te grouiller. Terminé.  

Je me suis relevé puis j'ai inspecté la chambre un peu plus en détail. On aurait dit que les clous des lattes avaient été arrachés. Celui qui avait fait ça savait décidément où chercher. Cependant, certains des clous étaient tordus, donc cette personne avait dû être pressée en les enlevant frénétiquement, pratiquement comme si...  

« Putain, mec » ai-je dit en marmonnant.  

J'ai suivi ce que je voyais sur le plancher avec ma lampe torche. Il y avait de profondes marques tout le long du plancher. J'ai examiné celles qui m'étaient le plus proche. Peu importe ce que c’était, ça devait avoir deux pieds, mais que ça ne laissait seulement que deux rayures à chaque foulée.  

J'ai eu des frissons dans le dos. Il y avait clairement quelque chose qui clochait. Quelque chose ne tournait pas rond dans cette maison.  

Je me suis levé afin de suivre les traces des rayures en repassant par la porte puis en bas de l'entrée. Elles tournaient sur la droite à un endroit où on aurait dit que quelque chose avait cogné le mur. Elles m'ont conduit dans l'entrée et dans une salle sur la gauche. J'ai ralenti mon approche car j'ai remarqué que le cadre de cette porte avait été également cassé, mais cette fois le mur était fracturé du couloir jusqu'à la pièce.  

Alors que j'étais en train d’inspecter le cadre, j'ai entendu quelque chose. C'était une petite goutte, comme celle d'une fuite de robinet qui tombe sur une assiette humide. Il y avait peut-être quelqu'un après tout.  

J'ai pris mon courage à deux mains, et j'ai tourné dans le coin, en éclairant avec ma lampe torche partout où je pointais mon flingue. C’est alors que je l'ai vu.  

Ici, effondré contre le mur, c'était ce qui restait d'un être humain.  

En éclaircissant ses mains avec ma lampe, j'ai vu un pistolet. Un suicide.  

Je me suis doucement approché du corps. Peu importe qui il était, il possédait apparemment un énorme sac, avec des trucs à l'intérieur qui ressemblaient à des outils. Je suppose maintenant avoir trouvé le fauteur de troubles.  

J'ai entendu dehors le claquement de la portière de la voiture de Bill.  

C'était bizarre. J'avais déjà été sur les lieux de scènes de suicide auparavant, vu un tas de cadavres, mais avec lui j'ai ressenti une sorte de connexion. Quelque chose que je ne pouvais m’expliquer.  

J'ai entendu les pas pesants de Bill au moment où il s'est engagé dans l'entrée.  

« ... Jeff ? a-t-il crié avec nervosité.  

– Ramène-toi là Bill, » lui ai-je répondu en retour.  

J'ai entendu ses lourds pas dandinants qui venaient dans ma direction. Je l'ai même entendu haleter avant qu'il ne soit dans la chambre. Pauvre Bill. Il n’avait jamais été très sportif.  

« Oh merde Jeff, a-t-il dit lorsqu'il a vu le corps.  

– Ouais, c'est bien la merde mon vieux pote Bill, ai-je dit tout en examinant le corps. Cet homme a enlevé des lattes dans l'autre pièce pour je ne sais quelle raison, puis il est venu ici et s'est fait sauté la cervelle ».  

Bill est resté silencieux durant un moment. Certains flics s'y habituent plus vite que d'autres. Dans mon cas et celui de Bill, disons juste que c'est comme si je jouais aux échecs et lui aux dames.  

« Bon, je vais appeler le Centrale. Ils vont avoir besoin d'une équipe médico-légale ici aussi vite que... »  

Un bruit a interrompu Bill. C'était un téléphone. Son téléphone. Celui du cadavre.  

Alors ils vous disent qu'il ne faut jamais infecter une scène de crime, ne jamais toucher à quoi que ce soit avant que les médecins légistes arrivent. Je n'avais jamais enfreint les règles auparavant dans mon boulot. Bon sang, je n'avais même jamais porté mon putain d'uniforme sans m’assurer qu'il avait été repassé le matin même, mais quelque chose à l'intérieur de moi, quelque chose au fond de mon esprit m'a dit que je devais décrocher ce téléphone.
Je suis revenu m'accroupir et j'ai atteint dans sa poche l'endroit où le téléphone sonnait.  

« Jeff ! Mais qu'est-ce que tu fous ? On n’a pas le droit !...  
– Oh la ferme Bill, sale mauviette, » ai-je répliqué lorsque j'ai finalement réussi à prendre tant bien que mal le téléphone.  

J'ai regardé l'écran. Il y avait seulement le prénom d'un certain « Eli » qui apparaissait. J'ai décroché, puis j'ai approché le téléphone de mon oreille, mais il n'y avait aucun bruit.  

Il y a eu un bref moment silencieux, puis :  

« Allo ? Docteur ?  

– Ici l'officier Jeff Danvers de la police de Tawson. »  

Il y a encore eu un silence, cette fois un peu plus long.  

« Où avez vous trouvé ce téléphone ? »  

Peu importe qui était Eli, il n'était en tout cas pas stupide.  

« Je l'ai trouvé dans la poche d'une victime d'une scène de crime. Je suis navré, mais je crois que le docteur que vous tentez de joindre est mort. »  

Il y a eu encore une fois un silence, et je commençais à me sentir mal à l'aise. Merde, à quoi ai-je pensé en décrochant cet appel ?  

« Je suis désolé, monsieur, ai-je encore répété.  

– Êtes-vous celui qui a trouvé le cadavre ? » a-t-il demandé.  

J'étais un peu déconcerté par la question.  

« Le trouver ? ai-je répliqué.  

– Oui. Êtes-vous celui qui a découvert le cadavre en premier ?? a-t-il insisté, avec une voix un peu plus inquiétante cette fois.  

– Oui monsieur. J'ai trouvé le corps il y a environ 5 minu... »  

Ce que j'ai entendu ensuite, même si je ne savais pas ce que c'était auparavant, allait changer ma vie à jamais.  

« Mon Dieu... Pauvre garçon ». C'est tout ce que j'ai entendu de cet homme avant que la ligne ne se coupe.   

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9 commentaires:

  1. la fin qui est littéralement ''bon bah ça recommence" xc

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  2. Probablement l'une des meilleurs pasta en plusieurs parties.

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  3. Je crois que c'est l'une des meilleurs pasta que j'ai lue, chapeau à l'auteur !

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  4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  5. La petite référence à surpernatural :)

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  6. Cette fin me frustre au plus haut point.
    Cette pasta est juste sublime.
    Pourquoi une fin aussi... Aussi sèche?
    BRUH, c'est juste sadique de faire ce genre de non-fin après une pasta aussi magnifique... ;w;

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  7. Vraiment cool comme pasta, mais cette fin... fin... il n'y a pas de fin xD

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  8. Wow, impressionnant, j'adore! Je sais pas vous mais ça serait super cool qu'il y ait l'histoire du policier, même si c'est similaire, mais que Eli l'aide et qu'ils finissent ensemble par vaincre le Ubloo, mais j'avoue, cette fin frustrante est vraiment... Je sais pas, en fait, le fait que ça recommence encore et encore et qu'à la fin les lecteurs se disent "Putain..." ça donne un côté mystère, est-ce que le policier saura trouver le moyen de le vaincre, ou non? Bref félicitations à l'auteur! J'adore CFTC et Necronomorial car on y découvre des pastas dont les auteurs ont des SUBLIMES talents cachés! Et devraient se lancer plus haut et plus loin (Pas assez de livres horrifiques à mon gout)

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  9. La jolie référence à Supernatural me fera toujours encore plaisir. J'adore.

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